Lettres à mes petits-enfants sur des sujets qui fâchent
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LETTRE  À  MAYEUL  sur  LA  FRANCE 


Mon cher Mayeul

Je commencerai par trois remarques simples pour clarifier le débat:

- Tu ne pourras jamais mettre la notion de Patrie dans ton ordinateur car sa dimension essentielle est affective.

- Dans ce domaine comme en beaucoup d'autres, essaye de regarder la réalité en stéréo, sous deux angles à la fois. Admet ainsi que l'amour de ta patrie est compatible avec ton attachement à tes racines malouines, normandes et un peu savoyardes et qu’il n’exclut pas non plus l'acceptation d'une certaine organisation politique et économique de l'Europe.

      Mais de Gaulle, à qui personne ne conteste une haute idée de la France et une grande culture historique, précisait: «Je ne crois pas que l’Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec ses Français, l’Allemagne avec ses Allemands, L’Italie avec ses Italiens, etc… Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent tous à l’Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides ou s’ils avaient pensé et écrit en quelque « espéranto » ou « volapük » intégré…»

       Ce qui contredit formellement cet engouement pour un métissage culturel soi-disant providentiel que nos intellos s’ingénient à propager, qualifiant notre succès en coupe du monde de foot de victoire du «blanc, beur, black» et raillant les Franchouillards de mon genre attachés au Drapeau tricolore.       
Jean Paul II dit aussi que l’attachement à la Patrie devrait pouvoir s'associer à l'idéal des peuples de l'Europe s’ils adhèrent "à une structure politique commune, émanation de la libre volonté des citoyens européens qui, loin de mettre en péril l'identité des peuples de la communauté, sera plus à même de garantir équitablement les droits, notamment culturels, de toutes les régions. Les empires du passé ont tous failli qui ont tenté d'établir leur prépondérance par la force de coercition et la politique d'assimilation. Votre Europe sera celle de la libre association de tous les peuples et de la mise en commun des multiples richesses de la diversité ". (Discours du 11 Novembre 1988 au Parlement Européen ) .

- Ce qui en revanche peut faire problème, ce sont les déformations de l'idée de Patrie qui aboutissent parfois au mépris des autres hommes et des autres patries à travers un culte abusif rendu à la Nation.
      Chez nous, rien à craindre de ce côté pour le moment… Il s’agit plutôt de réhabiliter la France aux yeux des Français en les aidant d’abord à regarder leur pays avec tendresse !

LE SOL FRANÇAIS

Pour garder ton équilibre, tu essayes d’être bien dans ta peau, c’est à dire d’aimer ton corps, sans en faire pour autant un objet de culte ! Tu cherches à te connaître, ce qui te permet de te réjouir d’avoir un visage agréable, un cœur qui bat bien, des fonctions qui marchent… bref, d’avoir un minimum de confiance en toi.
      De même, pour aimer la France, commence par la découvrir, à commencer par son sol.
Fernand Braudel a écrit plusieurs volumes sur «l’Identité française». Ils répondront à toutes tes interrogations. Sans chercher à l’imiter, je veux au moins t’encourager à voir ton pays avec des yeux neufs.
      Tu as la chance de pouvoir regarder les couchers du soleil alternativement en Bretagne, sur la Loire, sur la Vézère et sur nos montagnes de Savoie. Remplis-toi partout les yeux de beauté et admire l’harmonie de notre patrie. Nous avons la chance d’y trouver des paysages variés qui ne nous écrasent pas comme la forêt équatoriale, pleins de douceur comparés aux steppes et aux montagnes arides qui couvrent une bonne moitié du monde. Nous bénéficions d’un climat tempéré: rien à voir avec le Sahel et la taïga… Prend conscience de ce bonheur exceptionnel de pouvoir vivre en France!
      Pour mieux découvrir ton pays, je te conseille, quand tu as le temps, de le parcourir à pied par les sentiers de grande randonnée. Au minimum, si tu conduis, ne prends pas systématiquement l’autoroute. Préfère les itinéraires d’écolier où tu pourras faire connaissance avec les régions que tu traverseras.
      Nous faisons cela depuis des années, ta grand-mère et moi. Cela nous a permis de découvrir des merveilles et de devenir de plus en plus amoureux de la France…

LES HOMMES QUI ONT FAIT LA FRANCE

      La Patrie, étymologiquement, c’est la terre des pères, ce que le vieil historien Fustel de Coulanges traduisait par:"Le véritable patriotisme n'est pas l'amour du sol mais l'amour du passé". Pour moi, il ne s’agit pas tant de l’amour des vieilles choses que d’un sentiment de gratitude vis à vis de ceux qui nous ont précédé.
      Je me sens une dette de reconnaissance envers eux qui, au fil des siècles, ont aménagé et agrandi, pour nous, notre coin de terre, au prix d’un labeur incessant. Cette dette, c'est à toi, le jeune, que j’estime devoir la rembourser. Si tu réagis comme moi, tu feras de même avec tes descendants car le sentiment de solidarité verticale entre les générations est dans la nature profonde de l’homme et «le maintien du souvenir est un devoir envers l’avenir», comme dit Maurice Druon.

      Pour que nous vivions mieux, nos pères ont défriché la forêt gauloise, tracé les routes, amendé le sol, bâti et rebâti les villes, guerre après guerre. Notre gratitude s’applique donc à leur œuvre matérielle. Mais la façon dont ils l’ont accomplie recouvre toute notre histoire humaine. Elle a été écrite, avant nos Républiques, par quelques Rois illustres et leurs soldats mais autant ou davantage par l’innombrable foule anonyme des hommes et femmes, bergers et laboureurs, artisans et marchands, pauvres tâcherons qui signaient d’une croix ou fin lettrés, sans oublier les bâtisseurs de cathédrales dont certains ont consacré toute leur vie à polir une seule statue...

      Cette histoire, je suis navré de constater que, même bons élèves, vous n’en connaissez pas grand chose, votre génération préférant sans doute Buffalo Bill et Astérix à Jeanne d'Arc. C'est pourquoi, quand j’ai la chance de vous avoir auprès de moi, j’essaye de vous en révéler des bribes. En bateau au dessus du site paléolithique englouti dans le lac d’Annecy, j'essaye de vous montrer comment vos ancêtres savaient, non seulement survivre dans un univers hostile mais aussi fabriquer des outils en série, domestiquer des animaux sauvages, cultiver le blé, creuser des pirogues, cuire des poteries, peindre des fresques et transporter des blocs de pierre de 50 à 300 tonnes sur plusieurs Km... Plus fort qu’Internet, à mon avis, et de quoi vous inciter à la modestie et à l'admiration !

      En auto, devant le site présumé d'Alésia, je vous rappelle que vos ancêtres Gaulois ont été capables non seulement de mettre en échec les Légions pendant des années mais aussi de se fondre littéralement dans la civilisation Romaine, de s'assimiler la foi Chrétienne et de tenir bon malgré les invasions barbares du 1° au IV° siècle après JC.

      Pour être prêt à vous renseigner sur l’apport de nos Rois - ce qui ne veut pas dire que je néglige l’œuvre de nos Républiques davantage connue de vous, j'ai même glissé dans mon portefeuille quelques notes que je te rapporte ici.

      Après Clovis, l'anarchie menaçait le royaume et, à plusieurs reprises après lui, plusieurs rois, de Clotaire 1° à Charles Martel, (célèbre par sa victoire de Poitiers qui bloqua l'invasion arabe en 732), durent refaire l'unité du pays. Charlemagne, couronné en 800, s'appliqua à continuer l'oeuvre de son père. Face aux menaces extérieures, il poussa ses conquêtes en Italie et en Allemagne. En 843, son royaume fut partagé et la partie Ouest s'appelait FRANCIA .
      En 987, Hugues Capet décréta la monarchie héréditaire et unie à l'église du Christ. Après lui, tous nos rois apportèrent leur pierre à l'édifice France.
      A partir d'un petit territoire autour de Paris, Philippe Auguste réunit la Normandie au domaine royal en 1206 et ses successeurs y ajoutèrent le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou. Si Louis IX est surtout connu par ses deux croisades, il consolida cependant la présence française dans ses provinces. Philippe le Bel annexa la Champagne en 1361, puis le Vivarais et le Lyonnais. Louis XI, le mal aimé, fût cependant un très grand roi qui rallia sans guerre la Picardie, le Berry, la Bourgogne et la Provence. L'Aquitaine devint française en 1453. Louis XII obtint la Bretagne en 1532 à la suite de son mariage avec la Duchesse Anne. François 1° annexa le Bourbonnais, l'Auvergne et le Valois, Henri IV le Béarn, la Bigorre, le Périgord et le Roussillon.
      Célèbre aussi par l'apogée de la littérature et la construction du château de Versailles, le siècle de Louis XIV vit la réunion de l'Alsace en 1648, de l'Artois en 1688, de la Flandre en 1688 et de la Franche Comté en 1678.
      Louis XV devait acquérir la Lorraine en 1766 et la Corse en 1768.
Si les glorieuses et coûteuses conquêtes de la Révolution et du 1°Empire ne devaient pas être durables, Napoléon III réunit Nice et la Savoie à la France en 1860.

      Pendant ce temps, les paysans nourrissaient la population et aménageaient le paysage, les mineurs extrayaient le charbon et les minerais, les tisserands et les forgerons transformaient la matière première, les bûcherons abattaient les chênes qui devaient devenir des vaisseaux. Tout ce travail fût accompli avant la révolution industrielle du XIX° siècle où nos devanciers s’engagèrent à fond pour accélérer encore ce progrès matériel avec les usines métallurgiques et chimiques, les filatures, les chemins de fer… tout cela n’amenant pas, hélas, de meilleures conditions de vie pour tous les hommes.
      Connaître notre histoire, c'est pour toi, aussi vital que, pour l'arbre, plonger ses racines dans le sol. C’est établir des liens avec ceux qui, jour après jour, ont fait la France.

LES HOMMES QUI ONT DEFENDU LA FRANCE

      Je vous ai emmenés, il y a quelques années, visiter le Mémorial de Caen et les plages du débarquement de 1944. Vous en avez été vivement impressionnés. Il faudrait que nous fassions de même sur les champs de bataille de 1914/18. Cela te permettrait de mieux comprendre ce que représentent ces Monuments aux Morts de nos villages. Il me semble que tu passes trop souvent à côté de ces édifices, plus souvent modestes que grandioses, sans méditer assez sur tous ces noms de garçons fauchés à ton âge. Tu as des excuses car tes maîtres ne t’ont sans doute pas souvent associé à ce qu’on appelle des cérémonies patriotiques, estimant probablement qu’elles étaient désuètes et politiquement incorrectes.
      Je crois pourtant qu’à travers elles, il est possible et souhaitable d’associer les jeunes à cet hommage rendu aux morts pour la France sans faire pour autant une apologie du militarisme et de la guerre.
      Une initiation de cet ordre me paraîtrait même relever de l’éducation civique élémentaire. Les enfants ont certes besoin d’apprendre à vivre ensemble en respectant un certain nombre de règles rendant la vie sociale possible. Ils doivent aussi comprendre qu’il leur faudra se dévouer pour quelque chose qui les dépasse, qui a existé avant eux et qui continuera après leur mort.
      Se dévouer cela veut dire, dans les occasions extrêmes, risquer sa vie. Un individu courageux plonge dans l’eau froide pour sauver un noyé qu’il ne connaît pas.
      Ce sacrifice, la France l’a demandé, en bien plus radical, à des milliers de garçons partis en 1914 en pantalon rouge. Quatre ans après, leurs survivants tenaient encore les tranchées, dans la boue et le sang, de l’Yser aux Vosges. Parmi eux, 1.600.000 sont morts et 3.600.000 ont été blessés pour que nous restions français...
      La même abnégation a permis à leurs successeurs de 1944 / 45 de libérer le pays après la douloureuse défaite de 1940, cette 2° guerre mondiale nous ayant coûté 250 000 soldats tués, plus 420000 civils.
      Les uns et les autres méritent que tu penses à eux (et à leurs proches dont tant de vies ont été brisées) , que tu leur témoignes de la gratitude et que tu te prépares à suivre leur exemple le cas échéant. Les conditions dans lesquelles tu devrais te dépasser ne seront certainement pas les mêmes qu’autrefois mais elles exigeraient sans doute de vous le même genre de qualités morales.
      Aime la France, c’est à dire garde pieusement la mémoire de ceux qui sont morts pour elle et sois prêt à suivre leur exemple !

LA FRANCE DE LA CULTURE

      Cela dit, au delà de l’espace géographique et historique, des monuments et des batailles, la France, c’est aussi notre culture, notre langue, nos modes de pensée et d'agir.
      L'oeuvre immense de tous ceux qui ont contribué au développement de notre pays a certes commencé par le modeste travail manuel des défricheurs et bâtisseurs mais elle s’est prolongée par l’apport des écrivains, des législateurs, des savants et des artistes ... à commencer par celui de ces moines copistes qui, 1.500 ans avant la photocopie, ont su préserver et nous transmettre les trésors des cultures grecque, latine et judéo-chrétienne, en dépit des incendies et des destructions consécutives aux invasions.

      C’est la somme de tous leurs labeurs intellectuels qui a permis de tisser progressivement cette trame aux multiples dimensions et aux mille couleurs qui constitue la culture Française d'aujourd'hui.

      Un certain nombre d’entre eux ont illustré la France sur le plan scientifique: des savants comme Lavoisier, Carnot, Arago, Gay Lussac, Laplace, Ampère, Coulomb, Becquerel, Réaumur, Mariotte, Branly, Ste Claire Deville, Niepce, de Broglie, Pasteur, Curie… des médecins comme, Calmette, Laennec, Yersin… tous ont fait grandement avancer la recherche et la technique dans le monde.

      D’autres, pour notre plus grande joie, ont appliqué leur génie au domaine artistique. Les poètes, de Ronsard et du Bellay jusqu’à Baudelaire, en passant par nos grands classiques (Corneille, Racine.. ) et nos grands romantiques (Chateaubriand, Hugo, Musset …), les romanciers comme Balzac, sans oublier les philosophes dont certains comme Pascal et Descartes étaient aussi des savants.

      D’autres encore ont marqué ailleurs leur époque: les Rodin dans le bronze ou la pierre, les Delacroix, les Corot, les Monet sur leurs toiles, sans compter quelques fameux comédiens et tragédiens (et, plus près de nous, de merveilleux acteurs et actrices du cinéma). En musique, même si nous n’avons pas suscité de Mozart ou de Beethoven, nous avons quand même Debussy, Bizet, Berlioz et bien d’autres.
      Bien qu’elle se soit façonnée au long des siècles et qu’elle ait beaucoup évolué depuis ses origines latines, notre langue, irremplaçable outil de culture, a été un élément important de l’unité nationale et, bien au delà de notre PIB, l’un des véhicules essentiels de l’influence française dans le monde.
      C’est à ce titre que, toute ta vie, j’espère, tu t’efforceras de respecter la langue française, de la faire respecter et de favoriser son rayonnement.

      L’amour de la Patrie, c’est aussi la prise en compte d'un immense capital spirituel, de tout ce qui s'est fait de bien et de beau au long des siècles pour que les hommes soient davantage hommes.
      Je pense à des chefs d’entreprise d’avant garde sur le plan social, à des apôtres de la charité comme Ozanam ou l’abbé Pierre, à des militaires qui, comme Lyautey, étaient plus que des soldats, et, sur un plan plus élevé encore, au long cortège de nos Saints, de Jeanne d’Arc à Vincent de Paul et de Saint Mayeul, ton patron bourguignon, à Charles de Foucauld.

      Ce que Clemenceau traduisait, lui qui ne passe pas spécialement pour bigot : «La France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat du droit, sera toujours le soldat de l’idéal ...»

CONCLUSION

      J'espère t’avoir fait partager ma conviction que le civisme est inséparable de l'amour de la Patrie et que l'un et l'autre doivent être enseignés aux enfants, les adultes ayant d'ailleurs besoin, eux aussi, d'être entretenus dans ces sentiments. Le Patriotisme, c'est pour moi l'amour à la fois instinctif et raisonné de notre patrimoine et la volonté de le transmettre après l'avoir protégé et embelli.

      Renan disait: «Une nation est une famille spirituelle, c’est un vouloir-vivre collectif, c’est un plébiscite de tous les jours» ... mais nous qui y croyons, nous avons à cet égard du pain sur la planche alors qu’on parle surtout à nos concitoyens de défense des intérêts catégoriels et des avantages acquis…
      Je me réjouis de voir l'éducation civique remise à l'ordre du jour. Je voudrais cependant que les maîtres ne se contentent pas d'enseigner les bases d'un comportement de citoyen mais qu'ils forment aussi les enfants à l'amour de la France et leur expliquent notre héritage historique, culturel et spirituel.

      Mais, tu le sais, une véritable guerre des idées sévit actuellement et la vision (classique) de la France telle que je viens de te la présenter est remise en cause de deux façons:

- Certains remettent carrément en cause le devoir de mémoire.
« Pour faire une nation, il faut une école et un cimetière.» disait Maurice Barrès.
« Notre époque doit apprendre à se libérer du passé» et «L’oubli du passé de leurs parents est un droit des nouvelles générations…» , réplique Sylviane Agacinki (Mme Lionel Jospin) dans son livre « Le passeur de temps »…

- d’autres (ou les mêmes) font l’apologie du métissage culturel qui met le rap à la même hauteur que Berlioz, le tag à la hauteur de Delacroix et enverra bientôt un auteur moderne faire, en verlan, son discours de réception à l’Académie Française…

A ceux-là, je rappelle ces lignes que Jean Jaurès adressait, au début du siècle, aux instituteurs :

" Vous tenez en mains l'intelligence et l'âme des enfants. Vous êtes responsables de la Patrie. Les enfants qui vous sont confiés n'auront pas seulement à écrire et à compter. Ils sont français et doivent connaître la France, son histoire, sa géographie, son corps et son âme. Ils seront citoyens et doivent savoir ce qu'est une démocratie libre: quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la Nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu'ils aient une idée de l'homme. Il faut qu'ils sachent quelle est la racine de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse.
      Il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme en éveillant en eux le culte de l'infini qui est notre joie "...

***

      Et à tous ceux qui jugent que l’intégration culturelle des immigrés (condition sine qua non de la survie de notre pays, selon moi… ) n’est ni possible ni souhaitable, j’adresse ce témoignage d’un immigré Kabyle qui me parait avoir compris notre Patrie mieux que bien des français de souche.

      « Il parait que les convertis sont encombrants (Bernanos dixit) . Comme je dois être encombrant, moi qui suis un double converti, au Christianisme et à la France ! Sans rien renier de mes racines , j'ai saisi à pleine mains ce que m'offrait l'école française. Je me suis décolonisé par décision autonome. Je me suis déclaré à moi-même pair de ceux qui m'entouraient (...). En attendant, il fallait que passent les plus forts (...)
      Je suis donc passé sans cesser d'être ébloui par ce que je recevais de la France . Je l'ai aimée. Je me suis battu pour elle . Fi donc ! Je laisse parler Poirot-Delpech ( Il s'exprimait au sujet de Romain Gary , autre immigré) : " Un tel patriotisme de nos jours fait figure de bizarrerie . On ne le rencontre plus guère que chez les écrivains qui ont choisi leur patrie au lieu d'y naître malgré eux. L'ennui, avec l'amour filial, c'est qu'on ne choisit pas "...
      Eh bien, je refuse ce dédain. Encombrant ou pas, j'ai deux patries: une patrie charnelle qui est ma Kabylie, une patrie spirituelle et d'élection qui est la France.
      Je souffre du conformisme idéologique qui consiste à la vilipende, à la ramener au nombre des nations méchantes, égoïstes, sectaires, racistes, incorrigibles. Je sais d'expérience que certains de ses fils sont tels mais je sais aussi les trésors qu'elle m'a ouverts.
      Il me suffit de refaire en pensée le survol que j'ai imaginé tant de fois: partir des tours de Notre Dame, frôler la Sainte Chapelle, survoler le Louvre, filer vers l'Ouest, ralentir au dessus du Palais de Versailles, passer entre les deux tours de la Cathédrale de Chartres pour venir me poser sur le doigt effilé du Mont St Michel et, de là, rêver à tout ce qui me reste à découvrir ou à revoir: la royale vallée de la Loire avec ses châteaux et l'ensemble du territoire, avec ses cathédrales, ses musées, ses laboratoires - ses savants et ses saints.
Comment peut - on appartenir à un tel pays et ne pas savoir ce qu'il représente ?
"(1)
***

      Ce n’est pas ton cas, Mayeul, toi qui es déjà un bon citoyen, mais je souhaiterais que tu réalises encore mieux ce que représente pour nous la France et que, l’ayant compris, tu oses l’expliquer autour de toi.

      Même si tu n’es pas (encore) un homme public, n’aie surtout pas peur de le faire car, comme disait Kipling :
« Chaque sentinelle est responsable de tout l’empire.»

      Et comme me l’a enseigné mon ancien, le Colonel Frois, devenu, après des années sous l’uniforme, le précieux conseiller communication du CNPF : « Si vous ne dites pas vous-même ce qu’est votre entreprise, d’autres auront vite fait de dire à votre place ce qu’elle n’est pas...»

      Ce qui est vrai pour l’entreprise l’est encore plus pour la France. Elle est parfois calomniée - et souvent de l’intérieur. Elle donne même l’impression d’avoir perdu confiance en elle même.
      Comme en 1793 mais de façon plus grave encore , car beaucoup de ses défenseurs naturels ont posé les mains ou trahi, la Patrie est en danger.

      Malgré ton jeune âge, tu fais partie de ceux qui devront travailler à rétablir la vérité, tranquillement et sans extrémisme. C’est ainsi que tu contribueras le mieux à rendre aux Français, à commencer par tes amis, la fierté d’être Français.
Un bel objectif pour une belle vie !

Jean Delaunay            
***

Augustin IBIZIZEN , " Le testament d'un berbère " , éditions Albatros 21 rue Cassette 75006 Paris

Extrait des « Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent »
Editions Téqui 82 rue Bonaparte 75006 Paris
16€
BRAUDEL Fernand
L'identité de la France
Flammarion
Champs histoire
14/01/2009
EAN 97 82 08 12 18 82 6

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