Editorial
L’Amour en trois dimensions
Alors que l’actualité sociale et médiatique révèle la crise profonde des idées et des mœurs, certains couples ont la chance de vivre un amour durable dans le mariage. C’est notre cas et cela m’incite à en témoigner en reprenant une partie de ce que j’ai développé dans mon livre
«Lettres à mes petits enfants sur des sujets qui fâchent».
En effet, j’estime conforme à la mission de France-Valeurs de réaffirmer, à l’intention notamment des jeunes, un certain nombre de vérités de bon sens sur ce sujet vital, fût-ce à contre-courant de ce qu’ils entendent et voient ailleurs.
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L’amour entre un homme et une femme est une merveilleuse réalité naturelle, un sentiment mystérieux et irrésistible qui anime beaucoup d’êtres humains en les amenant à un bonheur durable.
Mais, trop souvent banalisé, réduit à des caricatures, tronqué et sali de diverses manières, il peut provoquer des souffrances pour des hommes et des femmes qui rêvaient d’idéal.
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L’amour des parents pour les enfants - et réciproquement - est, de même, un sentiment naturel très puissant qui, dans les bons cas, contribue largement à l’épanouissement des uns et des autres et à l’harmonie entre les générations.
Mais il est parfois dévoyé : parents possessifs, trop autoritaires, indifférents… enfants ingrats ou jaloux entre eux. Tout cela aussi peut être très douloureux.
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L’affectivité ne suffit donc pas. Il s’agit de
construire et d’entretenir l’amour au quotidien en y introduisant une bonne dose de
raison et de volonté. Persuadons-en les jeunes.
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D’une façon plus générale, et sans masquer les laideurs de la vie quotidienne, ayons à cœur de leur montrer le
bien que font ceux qui mettent
une parcelle d’amour dans leurs comportements.
C’est vrai notamment pour les détenteurs d’
autorité conscients de leur rôle. Pour les parents, cela va de soi : ils savent que la tendresse n’exclue pas l’exigence. Les bons chefs militaires le mettent aussi en pratique. (J’ai même eu l’occasion d’expliquer à des élèves-surveillants de prison que ce n’est pas s’abaisser que de témoigner du respect et de l’humanité aux personnes détenues. Ils l’ont bien compris.)
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La vie moderne est marquée par l’accélération constante du progrès technique supposé améliorer le sort des hommes. Mais, dans le même temps, il est patent que, dans nos sociétés, les rapports humains
grincent. Or, quand
ça coince, il suffit souvent d’une
goutte d’huile…
Dans la rue, au volant, au travail ou sur le palier, persuadons-nous qu’un geste ou un mot valent une goutte d’huile dans les rouages. Plutôt un sourire et une gentillesse que des injures ou du papier timbré…
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Tout cela relève de ce que Jean-Paul II appelait la «
civilisation de l’Amour». Je crois que, chrétiens ou non, nous devons essayer de
la faire naître à partir de
tout ce qui se fait de bien dans un monde où l’on regarde trop exclusivement les forces du mal à l’œuvre.
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En y travaillant, prenons garde de n’apparaître ni donneurs de leçons ni sonneurs de tocsin.
Soyons plutôt, chacun dans notre milieu, des
éveilleurs de conscience et des semeurs d’espérance.
C’est là l’essentiel du message de France-Valeurs.
Jean Delaunay
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Les trois dimensions de l’amour
Dans le mariage
Mes convictions sont fondées sur une très longue expérience personnelle du mariage chrétien et sur de nombreuses rencontres avec des couples mariés. Je ne commenterai donc pas ici des situations sociétales (fréquentes) dont je respecte les protagonistes mais qui sont éloignées de ma vision de l’amour.
Pour moi, amour rime avec toujours, donc avec mariage, car l’engagement (pris au sérieux) le renforce.
Je considère le divorce comme un fléau, en raison du trouble qu’il cause inévitablement chez les enfants.
Cela dit, chaque histoire ne ressemble à aucune autre : les amoureux sont seuls au monde !
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Du temps des marieuses !
Je demandais un jour à un militaire originaire de Pondichéry comment il s’était marié. Il me répondit que, célibataire de 28 ans vivant en France, il avait reçu un message de son père le pressant de venir chercher en Inde l’inconnue que sa famille et la marieuse avaient choisie pour lui. Ce qu’il fit...
Il ajoutait avec sagesse : «
Cela se passait il y a douze ans et nous ne le regrettons pas. Nous sommes heureux avec nos enfants. Vivant au milieu de français qui ont connu, eux, un coup de foudre et qui cependant traversent des crises qui les amènent souvent au divorce, je peux dire, qu’à leur différence, nous avons démarré à l’eau froide mais que nous avons mis tous les jours du bois dans le feu. »(sic)
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Même si nos cultures sont très différentes, je crois pouvoir tirer des conclusions de ce témoignage.
-Oui, le coup de foudre est chez nous un phénomène réel, fréquent, mystérieux et exaltant.
-Oui, l’amour est un sentiment exquis qui peut enchanter toute la vie d’un couple.
Il est cependant
fragile dans la durée, d’où l’importance d’y intégrer au départ une composante
raison et, en cours de route, de
l’entretenir avec soin, ce qui implique de recourir à la
volonté.
Au départ… un peu de raison
La marieuse recueille des renseignements sur les cas qui lui sont confiés. Elle étudie et compare le caractère des candidats, leur milieu social, leur éducation, leurs convictions religieuses, leurs goûts affichés, leur thème astral. Elle peut ainsi éviter à beaucoup de futurs mariés de se jeter dans une situation difficile qu’il était possible de prévoir. Elle les met a priori à l’abri d’une erreur grossière, de celles dont on entend dire ici
(trop tard):
«Il (elle) a bien caché son jeu… Je ne savais pas qu’il (elle) était comme cela» ou
«Je le savais mais je croyais que je le (la) changerais…»
Chez nous, il n’y a plus de marieuses. Essayons donc de convaincre nos jeunes, qu’avant de s’engager, ceux qui sentent monter en eux un attrait pour l’autre essayent de garder la tête assez froide pour
discriminer eux-mêmes , à temps, ce qui risque, dans leur cas, d’être facteur d’échec ou de souffrance.
Rappelons-leur qu’
une fois allumée, la passion aveugle… Evitons- leur de se jeter dans une impasse…
En cours de route … de la volonté
«
Je ne t’épouse pas parce que je t’aime, disait Bismarck à sa fiancée,
je t’épouse pour t’aimer».
Sachons faire la promotion de
la volonté d’aimer au quotidien et dans la durée.
C’est ce que mon ami indien appelait
mettre du bois dans le feu.
D’abord vouloir et savoir
communiquer.
Dans la vie moderne où les gens sont (ou se croient) pris par le temps, beaucoup de ruptures sont dues à
un non-dit qui s’installe progressivement dans le couple.
Insistons sur l’importance du
dialogue au quotidien
en vérité, et des rendez-vous périodiques en tête à tête.
Incitons-les aussi à apprendre à
se mettre à la place de l’autre, à accepter de lui faire des concessions, de lui prodiguer des attentions, à chercher en priorité
son bonheur.
A éviter la routine, à utiliser à bon escient l’humour et la fantaisie
(s’il ou elle y est accessible…).
Le tout avec
sagesse et prudence en évitant les situations dangereuses.
Beaucoup de couples modernes se séparent à la première scène au nom d’un «
d’ailleurs, je ne t’aime plus» péremptoire, recommandons le désir d’
apaiser les dissensions. Apprenons à chacun à mettre de côté son orgueil, à faire preuve de patience, ce, sans abandonner sa dignité.
(A accepter le cas échéant la médiation d’un tiers ou d’un conseiller conjugal.)
Expliquons
qu’aimer, c’est accepter de pardonner, et d’abord de pardonner dans les petites choses,
car beaucoup de ruptures font suite à des disputes pour des broutilles.
Osons encore affirmer aux jeunes :
le véritable amour est exigeant ! Il cherche toujours à tirer l’autre vers le haut,
comme dit le renard de St Exupéry dans le petit Prince : «On est responsable de celui qu’on a apprivoisé !…»
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Affirmons enfin que vivre notre amour en tant que
mariés lui confère une dimension supplémentaire à travers
l’engagement de nous prendre mutuellement en charge, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare. C’est encore plus vrai pour les Chrétiens à travers leur
sacrement.
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L’amour des parents pour leurs enfants
La tendresse, c’est ce dont les enfants ont le plus besoin, autant que la nourriture et plus que le confort.
La grande majorité des détenus que j’ai accompagnés a mal tourné faute d’avoir été assez aimés et les psychologues savent que c’est aussi le cas dans tous les milieux.
Aimer ses enfants et leur dire qu’on les aime, c’est donc le B-A- BA de l’éducation.
Mais les petits ont autant besoin de
voir leurs parents s’aimer. «
La famille, dit la sociologue Evelyne Sullerot,
est le principal amortisseur des difficultés sociales…» Je complèterais volontiers la phrase par «
et le divorce des parents (ou les scènes familiales)
le principal facteur de déséquilibre des enfants…»
C’est donc une immense responsabilité sociale que prennent donc, au nom du «
faut que j’m’éclate et que tu t’éclates» les chantres actuels des bienfaits de la
famille recomposée…
Cela dit, quand certaines situations deviennent invivables, la séparation est préférable au conflit permanent, même si les enfants doivent en souffrir. ***